Non, un enfant qui se rétracte n’est pas un salaud !
Virginie Madeira après avoir accusé son père, s’est rétracté et a écrit un livre dans lequel elle explique pourquoi elle n’avait pas pu dire la vérité, comment le système judiciaire l’avait enfermé dans son mensonge. Ce livre « J’ai menti» a été salué comme un acte de courage et c’en était un.
Gabriel a entamé la même démarche. Il racontera ou écrira,un jour, par le détail comment cette accusation mensongère a pu naître et prospérer pendant près de 10 ans. Chez lui aussi, il nous faut oublier les années de mensonge et retenir le courage qu’il a fallu à ce jeune adolescent pour dire « Oui, j’ai menti ».
Car n’oublions pas ceux qui n’ont jamais avoué leurs mensonges, qui ont fait condamner des innocents et qui ont enfoui définitivement la vérité. Il y en a, soyez en certains !
Il ne faut pas accabler ces jeunes qui ont le courage d’avouer leurs mensonges mais il nous faut être sans pitié envers ceux qui les ont encouragé à mentir, que ce soit par malveillance ou par incompétence, ou bien simplement pour faire vendre un livre avec un titre racoleur. Oui, les «salauds» sont ceux là. Pour eux aucune indulgence, aucune tolérance. Ce serait faire preuve d’un laxisme honteux, qui ne ferait qu’encourager l’utilisation de l’enfant comme une arme dans des conflits entre adultes.
Bravo Virginie, Bravo Gabriel. Vos aveux montrent que vous êtes sur la voie de la rédemption, sur la bonne voie. Il vous faut maintenant construire votre vie d’adulte, ce ne sera pas facile, mais vous le ferez sur une base solide, celle de la vérité
Affaire Iacono: "Mon grand-père ne m’a pas violé"
Pendant onze ans, Gabriel a accusé son grand-père, Christian Ianoco, l’ancien maire de Vence, de l’avoir violé. En exclusivité pour Nice-Matin, le jeune homme explique pourquoi il se rétracte.
Tee-shirt noir et blouson blanc, Gabriel Iacono, 20 ans, continue à porter ses longs cheveux noirs en queue-de-cheval. Sous une apparente décontraction, ce père d’un petit garçon âgé de neuf mois dissimule une certaine fébrilité. Dans le bar de Nice où nous le rencontrons, il se prête de bonne grâce à nos questions.
Après votre courrier au parquet de Grasse, comment vous sentez-vous ?
Bien. Je me suis lavé des erreurs que j’ai pu commettre. C’est désormais à la justice de faire son travail et de reconnaître les siennes.
Vous aviez formellement désigné votre grand-père…
Personne ne m’a poussé à l’incriminer. Pour autant, je n’ai pas menti. J’y croyais vraiment. Et puis j’ai pris du recul et de la maturité. Dès la fin du second procès, j’ai commencé à me poser des questions. Cela a mis trois mois pour mûrir.
Vous aviez relaté avec grande précision des scènes dont une dans la salle de bains avec l’entrée inopportune du chat…
Cette scène, je continue à la voir, mais je ne la crois plus possible. J’ai peut-être effectué une transposition, désigné mon grand-père à la place de quelqu’un d’autre. Une fois dans la machine judiciaire, On a tendance à dire toujours la même chose.
Avez-vous été réellement violé ?
Oui, contrairement à ce que pense ma tante [sourire]. Mais j’ignore par qui. Et aujourd’hui, je n’ai plus envie de savoir. Je veux tourner définitivement la page.
Et votre grand-père ?
Je ne lui ai pas écrit, je n’ai pas demandé de parloir pour le voir. Mais je n’ai pas envie qu’il passe un jour de plus en prison alors qu’il est innocent.
Vous allez subir de nouvelles auditions…
C’est normal d’enquêter pour s’assurer que je ne suis pas manipulé. Je ne peux pas vivre tant que mon grand-père n’est pas totalement blanchi. Et s’il y a un troisième procès, ce ne sera plus l’un contre l’autre.
Vos projets ?
Je vais essayer de reconstruire une vraie famille et de rattraper les onze années perdues.
Sur le plan professionnel ?
Je rentre en septembre prochain en capacité de droit à Reims (une voie réservée aux non-titulaires du baccalauréat). J’espère devenir avocat.
Vous m’avez dit « ne pas avoir confiance en eux » ?
Peut-être [rire], mais j’ai néanmoins envie d’intégrer la profession.

(Photo Patrick Blanchard)
Le discours est plus structuré et cohérent. Six semaines après avoir eu quelque difficulté à justifier sa rétraction dans un courrier de deux pages adressé au procureur de Grasse, Gabriel Iacono semble avoir mis ses idées au clair. C’est avec bonne grâce et disponibilité qu’il accepte, après l’audience, de répondre à nos questions.
Cette lettre à la justice était assez confuse…
C’était un premier jet. Je n’arrivais pas à dire que j’étais un menteur, que j’avais menti pour rapprocher mes parents, pour les remettre ensemble et me retrouver au centre de leurs intérêts. Il m’a fallu plusieurs étapes.
Début mai, vous nous aviez indiqué « avoir été violé par quelqu’un d’autre »…
Non, il n’y a rien eu du tout. Personne ne m’a agressé.
Des médecins et des psychologues ont pourtant attesté du contraire…
Ils n’ont fait que proposer une explication. Leurs expertises ont conforté mes affirmations. Dès lors, il m’était très difficile d’en sortir. Trop d’enjeux. Je risquais de perdre mes proches, mes amis.
Pouvez-vous, demain, effectuer une nouvelle volte-face ?
Non, car j’ai dit cette fois-ci la vérité.
À l’audience, vous souhaitiez vivement vous exprimer…
Oui. Je suis très frustré d’en avoir été privé de parole car je voulais présenter mes regrets d’en être arrivé là, demander pardon à mon grand-père. J’aurais aimé lui parler en direct, lui dire pourquoi j’ai menti. Nous n’avons pu qu’échanger des regards.
Pensez-vous qu’il vous pardonnera ?
C’est à lui de décider. Ma porte est ouverte. C’est l’une des raisons qui me pousse à m’installer sur la Côte d’Azur, chez ma tante, pour rester disponible s’il a envie de me voir.
À Vence, vous passez actuellement votre permis de conduire…
Samedi dernier (rire), j’ai foiré le code. Pas assez concentré. J’avais la tête ailleurs.
Et les relations avec votre père [N.D.L.R. : qui doute à Reims de la sincérité de la rétractation] ?
C’est compliqué. Pour la Fête des pères, je l’ai appelé. Il m’a remercié et m’a demandé comment j’allais.
Demain, vous n’envisagez pas autre chose que la libération de votre grand-père…
Je serai à la sortie de la maison d’arrêt de Grasse pour l’accueillir.
Interview de Gabriel Iacono
Gabriel Iacono: "Je suis prêt à faire une grève de la faim"
Le jeune étudiant qui a mis hors de cause son grand-père, l’ex-maire de Vence, après l’avoir longtemps accusé de viol, craint aujourd’hui que la justice « ne veuille pas l’écouter »
Les longs cheveux noirs de Gabriel Iacono sont toujours rabattus en queue-de-cheval, mais une barbe naissante mange son visage juvénile. « J’ai besoin de changer un peu d’apparence, tant il m’est parfois pénible d’être reconnu dans la rue, hélé de manière désagréable ou agressive », sourit celui qui fit la une des médias en mai dernier.
À 20 ans, Gabriel venait alors de se rétracter, d’écrire à la justice qu’il n’avait jamais été violé par son grand-père. Contrairement à ce qu’il avait clamé durant dix ans, provoquant la condamnation de l’ex-maire de Vence Christian Iacono, à neuf ans de prison.
À l’occasion de ce revirement surprise, le jeune homme avait paru fébrile et approximatif dans ses justifications. Désormais inscrit en capacité en droit et accro aux études, Gabriel semble plus serein. Dans le studio loué depuis fin juillet dans le centre de Nice, il évoque sa nouvelle vie et le rejet, la veille, du pourvoi en cassation de son grand-père. Un échec obligeant Christian Iacono à engager un recours en révision.
Comment avez-vous vécu le rejet de ce pourvoi ?
Avec déception, même si je savais que la Cour de cassation ne peut sanctionner que des irrégularités de procédure. Sur la cassation, j’ai déjà eu des cours. J’ai en outre effectué des recherches dans des bouquins de droit et sur Internet. Sur soixante-dix pourvois jugés ces dernières semaines, seulement cinq ont été acceptés.
Dans le cadre de la révision, vous allez être entendu, sans doute longuement…
Je vais répéter ce que je dis depuis le printemps dernier : mon grand-père est innocent. Je suis prêt à affronter une nouvelle fois la justice, en sachant que je peux être condamné pour faux témoignage.
Pourquoi avoir soutenu si longtemps que votre grand-père vous avait violé ?
J’étais enfermé dans le mensonge, tellement bloqué dedans. J’avais d’autant plus peur d’en sortir que l’affaire avait pris une telle ampleur.
Des médecins ont attesté de votre viol…
À Outreau, les experts se sont aussi plantés. On leur donne trop de crédit dans ce type d’affaires. On n’enquête pas assez sur la parole de l’enfant.
Craignez-vous que votre rétractation ne soit pas prise au sérieux ?
La justice répugne à admettre qu’elle s’est trompée. Elle a mal fait son travail en désignant de mauvais experts. Même si la plus grosse responsabilité me revient.
Alors si elle ne vous écoute pas…
Je n’hésiterai pas à entamer une grève de la faim ou à me menotter aux grilles de la Chancellerie. Je n’ai pas envie que mon grand-père, bientôt âgé de 77 ans, meure sans être réhabilité. En faisant encore durer les choses, la justice va tuer un innocent.
Sa récente liberté n’est pas vraiment menacée…
Ne le croyez pas. Hier, la greffière de la Cour de cassation m’a dit au téléphone : « Si votre grand-père avait été présent à l’audience, il serait ressorti avec des menottes ». Ce n’est pas pour rien que ses avocats ont demandé la suspension de sa peine. Je suis très inquiet.
Vous n’avez toujours pas le droit de le voir…
C’est dur et injuste. La mesure vise à éviter d’éventuelles pressions… sans objet puisque je me suis rétracté.
Petit, vous considériez votre grand-père comme un « Dieu ». L’est-il redevenu ?
Je n’ai plus neuf ans dans ma tête (rires), j’ai mûri. Il n’est plus maire, par ma faute, et je suis privé de tout contact.
Vous ne pouvez pas davantage fréquenter la villa de Vence…
La famille s’y regroupant pour Noël, cela va m’obliger à passer seul ma fête préférée (grimace).
Avez-vous renoué avec un père qui n’a pas compris votre revirement ?
Non. On s’agresse mutuellement par le biais d’un blog.
Et avec vos grands-parents maternels, tout aussi incrédules ?
Ils m’ont renié. Pour avoir de leurs nouvelles à Cagnes, je suis obligé de passer par les voisins.
Pourquoi des études de droit ?
Depuis l’âge de neuf ans, je baigne dans ce milieu, je vois des juges, des avocats, des experts. Je suis fait pour le droit qui pour l’instant me passionne. Je rêve de devenir avocat.
Comment va, à Reims, votre fils de 1 an et demi ?
Bien. Matthys marche, commence à parler. Pour les visites, je me suis arrangé à l’amiable avec mon ex-compagne.
La famille Iacono peut-elle se ressouder ?
Non. Car mon père, qui m’a déclaré la guerre, n’en a aucune envie.
En passant dans les médias, vous avez acquis une certaine célébrité…
C’est souvent lourd à porter. Dans la rue ou sur Internet, il y a ceux, minoritaires, qui comprennent ou compatissent. Et les autres qui m’insultent, me traitent de petit-fils indigne. Sur un blog, j’ai même été victime d’une usurpation d’identité. J’ai déposé plainte.
Source : nicematin.com